arts-spectacles.com
Sortir ici et a
Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)



Maria Herz : Piano concerto, Violoncelle concerto et œuvres orchestrales. Capriccio. Premier enregistrement mondial : un événement sans conteste possible !

Le label allemand ne finit pas de nous surprendre. Il met en lumières les œuvres d’une femme compositrice dont les encyclopédies musicales semblent avoir oublier l’existence. Très peu de partitions ont été publiées de son vivant. Cet enregistrement vient réparer l’injustice.


Maria Herz : Piano concerto, Violoncelle concerto et œuvres orchestrales. Capriccio. Premier enregistrement mondial : un événement sans conteste possible !
Son petit fils Albert a rapatrié nombre de manuscrits des USA et les a donné à la bibliothèque centrale de Zürich. Il s’efforce de maintenir la mémoire de sa grand-mère. Il se bat pour que ses œuvres retrouvent la place qu’elles méritent au sein de l’histoire de la musique. Cet enregistrement de très grande qualité en est l’illustration parfaite. Saluons la prise de son aérienne et exemplaire.

Qui était Maria Herz (1878-1950) ?
C’est une femme courageuse et extraordinaire. Sa vie est un véritable roman. Ken Russel se serait probablement délecté d’en faire un film. Maria est née à Cologne dans une famille juive bourgeoise mélomane les Bing reconnue dans l’industrie textile. Très tôt, elle montre d’extraordinaires prédispositions pour la musique et suit des cours auprès du pianiste Max von Pauer et du violoniste et chef d’orchestre Joseph Schwarz à Cologne. Elle épouse le chimiste Albert Herz avec qui elle aura quatre enfants. Devant la montée de l’antisémitisme en Allemagne, elle s’exile en Angleterre à Bradford où elle se perfectionne avec le compositeur et peintre Arthur Edmund Grinshaw. Elle compose ses premières œuvres épousant un romantisme tardif. En 1914, elle retrouve l’Allemagne pour le mariage de son beau-frère. La guerre éclate. Son époux est enrôlé dans l’armée allemande. Il décède de l’épidémie de grippe en 1920. Maria se retrouve à affronter de nombreux défis dont l’éducation de ses enfants. Elle choisit de faire précéder son prénom de celui de son mari pour s’imposer dans un monde régi par les hommes. Elle se perfectionne en composition auprès August von Othegraven et surtout Philipp Jarnach. Elle voit ses œuvres jouées régulièrement. De 1920 à 1935, elle se montre très productive et s’entoure d’immenses personnalités musicales dont Gregor Piatigorsky, Otto Kemplerer, Hans Rosbaud… Lorsque les nazis arrivent au pouvoir en 1933, les compositeurs juifs sont interdits de concert. L’Allemagne est redevenue inhospitalière pour les juifs. Maria et ses enfants deviennent apatrides. Elle se réfugie à Londres puis en Suisse puis en France pour retrouver l’Angleterre. Elle se retrouve avec son fils cadet Robert à Londres. Ses trois autres enfants vivent aux Usa et en Suisse. Après la seconde guerre mondiale, elle émigre aux usa pour retrouver ses filles à New-York où elle meurt. Elle laisse une œuvre considérable dont on peut citer des œuvres orchestrales, des concertos pour solistes, de nombreuses mélodies pour voix et piano dont certaines ont été orchestrées. Ces œuvres s’inscrivent dans un romantisme tardif avant d’épouser un modernisme précoce et fascinant. L’ensemble de ses œuvres se singularise par l’exigence et la rigueur pour ses interprètes. C’est le cas ici. On est totalement conquis.

Concerto pour piano et orchestre opus 4
Ecrit en trois mouvements en 1927, il est tonal. On y retrouve nombre d’éléments d’un romantisme tardif glissant vers des éléments plus modernistes. On songe à Hans Gal par instant ou Paul Hindeminth. Il est d’une exigence pianistique qui impressionne. Le second mouvement est d’une beauté à vous tirer les larmes. On songe à Moeran avec des clins d’œil brahmsiens. Quelle intensité mélodique et harmonique dans cette oeuvre.Oliver Triendl est l’interprète parfait pour faire revivre ce concerto. Sa maitrise technique laisse pantois. Il domine toutes les difficultés de cette partition majeure du 20ème siècle. Il est bien plus qu’un pianiste. Il est un artiste qui sait épouser tous les répertoires. Il leur apporte un supplément d’âme. Il est l’un des plus grands interprètes de son temps à la curiosité sans égal.

Concerto pour violoncelle et orchestre opus 10
Ce concerto d’une vingtaine de minutes écrit vers 1930 révèle le style de la compositrice. Elle y fait preuve d’un modernisme affirmé. On y découvre une signature très personnelle préfigurant les concertos de Weinberg ou Chostakovitch. Konstanze von Gutzeit en est l’interprète rêvée. Son investissement y est total. Le violoncelle chante. Elle domine toutes les difficultés de cette œuvre de forme classique, fortement rythmée au caractère rhapsodique épousant un langage harmonique prenant ses distances avec le post-romantisme. Ce concerto est bouleversant.

Les quatre courtes pièces pour orchestre opus 8 et suite d’orchestre opus 13
La création date de 1929 sous la direction d’Hermann Abendroth, ami de Maria. Ces courtes pièces musicales sourient à un romantisme tardif avec des hardiesses harmoniques. On songe à Arnold Schoenberg, Max Reger, Alexander Zemlinsky. Ces courtes pièces envoûtent. Christiane Silber, ancienne assistante de Marek Janowski et Vladimir Jurowski à la tête des musiciens berlinois met en exergue la beauté incandescente de cette musique. Il en est de même pour la suite pour orchestre composée de sept mouvements et d’une durée de dix sept minutes. Sous da direction alerte, on prend un plaisir fou à découvrir ces pages orchestrales à la fois déroutante et envoûtante. Une part de néo-classicisme savoureux traverse cette suite. L’écriture y est authentique et personnelle. Il est urgent de redonner vie aux œuvres de cette compositrice oubliée. Elle a une véritable signature musicale ce qui est le propre des génies.
Un must !
Serge Alexandre

Maria Herz : Piano concerto, Violoncelle concerto et œuvres orchestrales.
Avec Oliver Triendl, piano ; Konstanze von Gutzeit, violoncelle, Rundfunk- Sinfonieorchester Berlin  dirigé par Christiane Silber. Cd capriccio. www.capriccio.at

Un extrait : www.youtube.com/watch?v=GZXQnDKF0Pc
www.oliver-triendl.com
www.konstancevongutzeit.de
www.christiane-silber.de

Serge Alexandre
Mis en ligne le Vendredi 23 Janvier 2026 à 14:42 | Lu 76 fois

Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 175

Festivals | Expositions | Opéra | Musique classique | théâtre | Danse | Humour | Jazz | Livres | Cinéma | Vu pour vous, critiques | Musiques du monde, chanson | Tourisme & restaurants | Evénements | Téléchargements